Ecrite pour un cours de nouvelles! J’aime pas trop… mais bon! Si mes souvenirs sont bons, elle date de 2003.
Zénon enfile son imperméable et siffle Fidès, son chien. La pluie attire Fidès. Pas Zénon. Lui, tellement frileux, aimant tellement le soleil et l’énergie qu’il dégage préfère balader son chien lorsque le ciel est prometteur. Il n’est que huit heures, mais le ciel donne l’impression que la nuit n’a pas voulu céder sa place à l’astre de feu. Lui qui possède des pouvoirs de sorcellerie pourrait lancer une formule permettant au soleil d’apparaître, mais il sait qu’il ne doit pas aller à l’encontre des plans de Dame Nature. Même si, à Bruxelles, la nature est loin d’être favorable.
D’ordinaire, les sorciers possèdent des chats, mais Zénon fût attendri par ce bâtard court sur pattes, au poil rare et aux oreilles tombantes. Attendri par cette malformation dont il est flanqué. Une tuméfaction courant de la poitrine au ventre de l’animal. Comme une poche, un sac à… ventre. Ce cabot représentant le contraire de ce qu’est Zénon. Lui, dynamique, heureux de vivre, sans tare physique et à l’aube de la vie – il n’a que vingt ans – et tellement soucieux de son bien-être.
Curieusement, Zénon ne sait s’empêcher de se demander pourquoi, chaque matin, les gens s’arrêtent pour regarder ce couple homme-chien déambuler dans la rue descendant vers le parc. Certains passants poussent même le vice jusqu’à photographier cette union hétérogène, voire hétéroclite. Quel manque de respect ! Pense-t-il. Pauvre bête.
Et il s’attendrit un peu plus sur le sort de son compagnon.
Le trajet est fastidieux. Long. Un vrai périple. Le parc n’est pourtant pas très grand, quelques arbres offrant leur ombrage aux vieux soucieux de leur bien-être, quelques bancs invitant les amoureux à se laisser aller à leur bonheur. Ca et là, un buisson permettant aux écureuils de se cacher pour regarder ces « humains » se promener. Le trajet est d’autant plus pénible qu’à chaque arrêt pipi, les piétons s’arrêtent, le sourire aux lèvres, se moquant de la bête handicapée.
- Pauvre chien ! Repense Zénon. Je devrais trouver une formule pour le guérir.
Mais ce que Zénon ne voit pas, c’est que son chien est totalement… normal. C’est lui qui ne l’est pas. Il est tellement obnubilé par la déformation de son animal familier qu’il ne voit pas que tout le monde, chaque personne, chaque animal habitant sur cette belle planète possède la même excroissance. Tantôt un goitre, tantot une simple boule de graisse sur la poitrine, seul Zénon est démuni, seul lui ne possède pas cette protubérance adipeuse. Plutôt que de pleurer sur le sort de son animal, il aurait mieux fait de regarder autour de lui, mais il n’a jamais prêté attention à ses contemporains. Enfoui dans ses pensées, dans ses occupations et dans les potions qu’il doit préparer, il en oublie de voir l’important.
Voilà quelques années, Tirésias, un sorcier noir d’Australie, a décidé de se venger de la race humaine qui l’avait tellement fait souffrir en le traitant de charlatan. Cette même humanité qui l’a relégué au rang de magicien de cabaret. Lui qui, auparavant était consulté par les hommes ayant besoin d’aide pour que leurs vies s’améliorent est désormais exclu. Il concocta une potion qui lui permit de flanquer une « raclée » à tous ces mortels. Un simple nuage de fumée parcourant la terre. Et hop ! Tous sont assiégés par ce kyste, oubliant même que, le matin encore, leurs corps ne présentaient aucune malformation. Tous ? Non, peut-être pas. Ce que Tirésias ne savait pas, c’est qu’un survivant de la race des guerriers de lumière – race presque éteinte de sorciers combattant les forces négatives - était encore là, traînant ses guêtres sur cette planète agitée. Un survivant, un seul. Zénon. Reste à notre ami d’ouvrir les yeux et de constater qu’il devra combattre le sorcier noir, ce sorcier démoniaque qui se croit être le maître du monde.
En arrivant chez lui, notre ami remplit la gamelle de son animal et, comme il a l’habitude de le faire, s’enferme dans son labo dans l’espoir de trouver la formule qui le rendra célèbre. Qui sait ? Un antidote contre la grippe, une panacée permettant de faire du cancer un souvenir lointain ou simplement une recette laissant à celui qui la goûte l’envie d’en manger à nouveau.
Quel désordre ici ! Cette ancienne chambre d’ami ne lui étant pas très utile - il n’a pas beaucoup d’amis – il a décidé de la transformer en laboratoire. Depuis qu’il ne travaille plus – il était vendeur dans un magasin de meubles et a été viré -, il passe toutes ces journées dans cet antre de la magie. Créant des potions pour les voisins en mal d’amour (des potions nutritives comme il aime les définir car elles lui permettent de subvenir à ses besoins) inventant des formules pour rendre ce monde « meilleur » ou pour avoir accès à des informations concernant ses vies passées. Mais aujourd’hui, il a décidé que sa tâche serait tout autre. Il a décidé que son cabot ne méritait pas de souffrir d’un tel handicap. Il est si jeune qui plus est.
Alors, il s’attelle à l’ouvrage. Enfermé dans son labo, il concocte une potion susceptible de soigner son chien.
- On va essayer cela se dit-il.
Il sort de son labo, réveille son chien paisiblement enfoui dans ses rêves d’os et de poursuite avec un chat de gouttière. Il lui ouvre la gueule, y fait tomber trois gouttes de son nectar magique. Et en un tournemain, l’animal sursaute, gigote, tremble… et redevient svelte et agile.
- Ah. Pense-t-il satisfait. Je ne suis tout de même pas si nul. Je vais garder ce petit mélange, on ne sait jamais.
Il retourne dans son labo, saisit une fiole qu’il remplit du liquide restant, attrape une étiquette sur laquelle il note « GF » pour « guérison de Fidès », et la pose sur une étagère encore vide.
Tirésias ne se sent pas bien. D’habitude, lorsque ce genre de malaise survient, c’est qu’une personne, où qu’elle soit, va à l’encontre de ses plans. Curieux, il se rend au pied de son autel, allume une bougie, un encens et se concentre dans l’espoir d’avoir une vision de la personne qui le trahit. Quelques minutes s’écoulent et, dans sa tête, il voit nettement l’image de Zénon inoculant à son chien le vaccin de sa fabrication.
- Cet homme est fou ! Pense-t-il. Il ne sait pas à qui il a à faire.
Le sorcier revêt sa cape, son haut de forme et récite sa formule lui permettant de traverser le temps et l’espace.
- Je suis content que Fidès aille mieux se dit Zénon. Je n’aimais pas voir cette bête souffrir.
Notre ami enfile la laisse à son chien en espérant que, désormais, les promenades soient moins pénibles. A l’instant où il ouvre la porte pour sortir de l’appartement, un drôle de bruit retentit derrière lui. Il se retourne et constate qu’un nuage de fumée a empli la pièce. Lorsqu’elle se dissipe, il aperçoit une ombre, puis, plus distinctement, il voit un corps. Le sorcier noir se tient là, devant les yeux ébahis de Zénon.
- Qui… qui êtes-vous ? Demande Zénon, abruti par cette apparition soudaine.
- Qu’as-tu en tête pour espérer contrer mes plans ? Lui rétorque Tirésias dans un français mitigé.
- Qui êtes-vous. De quoi parlez-vous ? Insiste Zénon.
- Je sais que tu as créé une formule pour soigner ton chien. Je veux cette potion.
Tirésias tend la main. Une énergie monstrueuse s’en dégage. Clouant son ennemi contre le mur. Zénon tombe à terre, se relève. Il se jette sur ce démon. Revers de bras. Zénon tombe. Terrassé. Il se relève à nouveau. Prononce une incantation. Courant électrique. Tirésias est touché. Il recommence. Enervé. Mouvement de bras. Zénon évite. Se jette sur son rival. Ils sont à terre, tous les deux. Défendant son maître, Fidès saute au cou de l’agresseur qui le repousse vivement d’un revers de la main.
Profitant d’un moment d’inattention, Zénon rampe vers son labo pour chercher sa potion. Il revient en hâte dans le salon, jette la fiole contenant le reste de la formule sur le sorcier qui s’exhale en une immense flamme noire.
- Qui était-ce ? S’interroge toujours Zénon en s’adressant à son chien.
- Wouaf ! Répond l’animal en regardant son maître, comme s’il avait compris. Les sorciers parlent aux animaux… ce n’est pas nouveau !
Toujours intrigué, Zénon tire sur la laisse et sort de chez lui. Dans la rue, les passants qui, auparavant observaient curieusement l’animal, vaquent maintenant à leurs occupations. Ce qui semblait les handicaper dans le passé n’est plus, tout est redevenu normal. Et Zénon peut promener son chien sans que cela tourne en promenade interminable.
Mais Zénon ne se rend toujours pas compte de ce qu’il s’est produit. Pour lui, rien n’a changé, rien si ce n’est son chien qui est redevenu svelte et élancé. S’il savait que, grâce à lui, l’humanité a échappé au mal qui rongeait cette planète. La lumière a combattu l’ombre. Mais cela ne causer-t-il pas un déséquilibre ? Qu’importe ! L’essentiel est de pouvoir mettre un terme à ces interminables promenades.